Lauréats de la SERD 2025 : cinq pistes pour transformer notre rapport aux déchets

« Une société est à l’image des déchets qu’elle se crée », affirmait le géographe Jean Gouhier. À la croisée d’enjeux environnementaux, sociaux, économiques et politiques, les déchets reflètent notre façon d’habiter le monde. La Semaine Européenne de la Réduction des Déchets invite à reconsidérer l’impact de nos gestes quotidiens et à changer nos habitudes pour tendre vers une consommation plus responsable.

« Défraîchis, moisis, usés, cassés, abîmés, ébréchés, écaillés, les déchets sont la face cachée de nos sociétés de (sur)consommation qui privilégient le neuf et le clinquant », écrit la philosophe Claire Larroque dans son ouvrage Philosophie du déchet. En 2022, 343 millions de tonnes de déchets ont été produites en France. L’équivalent de 5,1 tonnes par habitant. Face à l’ampleur des volumes à traiter, rompre avec le triptyque « produire, consommer, jeter » est un impératif.

Quels comportements durables adopter pour réduire la quantité de déchets que nous produisons, préserver et restaurer les ressources naturelles ? Comment agir pour limiter notre impact écologique ? Chaque année en novembre, la Semaine Européenne de la Réduction des déchets, coordonnée en France par l’Agence de la transition écologique (ADEME), invite à repenser notre rapport aux déchets.

Neuf jours pour se réapproprier la question des déchets, comprendre leurs trajectoires et faire évoluer nos pratiques. Dans l’hexagone et les Outre-mer, collectivités, entreprises, établissements scolaires, associations et citoyens se mobilisent pour transformer les prises de conscience en actes et créer les conditions d’un déclic collectif. Tour d’horizon des actions lauréates des Trophées de la SERD 2025.

L’immersion, moteur de changement

Derrière chaque smartphone, une réalité invisible : les minerais nécessaires à la fabrication des équipements électroniques, extraits au prix de vies humaines et de ravages environnementaux. Une face cachée du numérique que la Ligue internationale de défense des droits de la femme congolaise a mis en lumière avec son jeu immersif « Construire un smartphone ».

Répartis en groupe – mineurs, assembleurs, concepteurs et consommateurs – les participants incarnent un maillon de la chaîne de production mondiale de fabrication d’un téléphone portable. « Ils expérimentent les inégalités de pouvoir et de revenus, les arbitrages économiques, les conséquences humaines et environnementales », explique Lilas Sansa Umba, présidente de l’association. « L’immersion est un levier puissant pour encourager une transformation durable des comportements », assure-t-elle. Sous licence libre, cet outil est mobilisable par toute structure qui souhaite s’en emparer.

Dans les coulisses de nos poubelles

Pour sensibiliser ses concitoyens aux gestes de tri, l’agglomération de Saint-Brieuc a choisi de montrer l’envers du décor de son centre technique et logistique des déchets le temps d’une matinée. « Une manière de créer du lien entre les usagers et les agents qui gravitent autour des déchets, et d’améliorer la compréhension des enjeux et du fonctionnement global de leur gestion sur le territoire », détaille Rémy Moulin, vice-président en charge de la collecte, du traitement de la valorisation des déchets.

Au programme : visite guidée, ateliers déchèterie, compostage et réduction des déchets, et démonstrations de camions de collecte. « Les visiteurs ont pu faire le lien entre les puces électroniques installées sur leurs poubelles pour la pesée des ordures ménagères et la nouvelle facturation incitative. » Parmi les 320 curieux, de nombreuses familles. « Bon nombre de messages passent par les enfants », soutient l’élu.

Sortir de la culture du jetable

Sur l’île de Raiatea, en Polynésie française, la gestion des déchets est un défi quotidien : pas de déchetterie, un centre d’enfouissement saturé, des déchets d’équipements électriques et électroniques collectés trois à quatre fois par an. Pour sensibiliser aux excès de la surconsommation, deux classes de BTS du lycée des Îles sous le vent ont organisé un Green Friday.

« Une boutique éphémère a permis de redonner de la valeur à des objets inutilisés, et de valoriser le don comme alternative viable à l’achat compulsif », formule Flore Garnaud Massicard, enseignante. 800 objets ont été sauvés de la poubelle, donnés ou redistribués au Secours Catholique. En parallèle, une exposition plongeait les visiteurs dans l’upcycling, le réemploi et la réparation d’objets. « Ce projet nécessite peu de moyens et beaucoup de bonne volonté », résume-t-elle.

Recycler pour rééduquer

Et si le réemploi devenait un outil de soin ? À la clinique de rééducation Alphonse de Rothschild (Chantilly), deux ergothérapeutes ont organisé « Recycrar », un troc interne durant lequel chaque salarié pouvait apporter et repartir avec un objet.

Douze patients en situation de handicap moteur ou cognitif ont été impliqués dans la logistique de l’évènement. Chaque activité a été pensée comme un exercice de rééducation : mobiliser l’écriture pour faire l’inventaire des 96 objets collectés, les étiqueter pour travailler l’amplitude des mouvements.

« Ce moment a permis de créer des échanges humains et de promouvoir la seconde main dans l’établissement », se félicite Sarah Lourdeaux, ergothérapeute. Une idée simple portée sans budget et rééditée chaque année depuis 2024.

Le commerce de proximité montre l’exemple

Réduire les déchets à la source, c’est aussi l’affaire des commerçants ! À travers huit portraits publiés sur ses réseaux sociaux, l’agglomération du Grand Ouest Toulousain a mis en avant huit commerçants et artisans engagés dans la réduction des déchets.

Parmi eux, une coiffeuse recycle les cheveux coupés pour dépolluer l’eau, une opticienne récupère et recycle d’anciennes montures, et une bouchère revalorise les os et déchets alimentaires. Pour Céline Roulaud, coordinatrice transition écologique et énergétique, promouvoir ces engagements « peut inspirer d’autres acteurs locaux, contribuer à éveiller les consciences des consommateurs et faire évoluer leurs pratiques. »

Mieux produire, repenser l’acte d’achat et plutôt que de jeter, privilégier la réparation, le recyclage ou le don… Les actions lauréates des Trophées de la SERD illustrent des pistes prometteuses pour transformer durablement nos comportements et réduire notre impact environnemental.

En 2025, les 5 700 animations organisées par des entreprises, communes, établissements scolaires et associations ont permis de sensibiliser près de 2,3 millions de personnes. Pour la philosophe Claire Larroque, « la gestion des déchets doit réintégrer le monde commun » : usagers, consommateurs, citoyens doivent réinterroger la notion de déchet et reprendre la main sur leurs objets, leurs pratiques et leurs choix. À cet égard, la SERD constitue un temps fort de mobilisation collective qui repositionne les déchets au cœur du débat et de l’action.